L’uranium, enjeu stratégique

L’enlèvement de sept personnes travaillant sur un site d’Areva au Niger a mis sur le devant de la scène ce pays qui représente, selon les estimations, environ 8% de

L’enlèvement de sept personnes travaillant sur un site d’Areva au Niger a mis sur le devant de la scène ce pays qui représente, selon les estimations, environ 8% de la production totale d’uranium, « carburant » des centrales nucléaires. Cette proportion devrait progresser avec la mise en service de nouvelles mines.

Selon les données publiées en juillet par l’Agence de l’énergie nucléaire (AEN) de l’OCDE, les ressources d’uranium totalisent environ 6 306 300 tonnes. Mais elle souligne que si tous les projets de centrales nucléaires prévues sont réalisés en 2035 la moitié de ces réserves auront été consommées.

Rien d’étonnant à ce que les pays recourant au nucléaire pour produire leur électricité soient partis à la recherche de ce carburant indispensable.

La Chine est un pays particulièrement actif. Elle compte aujourd’hui 13 centrales nucléaires et projette d’en construire une quarantaine d’ici 2020. Le nucléaire devrait alors représenter 4% de la production d’électricité nationale contre 1,5% aujourd’hui, l’essentiel provenant du charbon, du pétrole et du gaz.

Que se passerait-il si la Chine, dont les besoins en énergie entraînent une hausse continue des cours des matières fossiles, décidait d’aller au-delà pour avoir une proportion du nucléaire dans son mix énergétique plus proche de celle des pays occidentaux ?

Un colloque organisé par la revue « Passages », mardi 12 octobre, a permis d’avoir un début de réponse. Si la Chine disposait de 500 centrales en 2050 (ce qui lui permettrait de tirer 20% de son électricité du nucléaire), il lui faudrait 100.000 tonnes d’uranium par an. Un chiffre à rapprocher du niveau de la production mondiale actuelle qui est de l’ordre de 50.000 tonnes.

Une inflation des cours est donc prévisible. L’uranium se traite actuellement autour de 48 dollars la livre. Il était autour de 10 dollars au début de la décennie et était même monté jusqu’à 140 en 2077.

Les plus optimistes jugeront qu’un prix élevé suscitera de nombreux projets d’extraction, en particulier dans les zones difficiles. Mais un cours qui ne cesse de monter risque, selon plusieurs experts, de rendre le nucléaire moins compétitif même si l’uranium ne représente qu’une faible partie du coût de l’énergie produite par une centrale.

La priorité doit donc être accordée aux innovations technologiques : il faut améliorer les process pour le retraitement du combustible déjà utilisé et il faut développer des réacteurs consommant moins d’uranium. C’est un enjeu majeur pour les pays développés car la Chine fera tout pour être aux avants postes. Elle réclame aujourd’hui des transferts de technologie et pourra demain construire et exporter des réacteurs qui n’auront rien à envier à ceux développés par des entreprises occidentales, russes ou coréennes.